Préambule

Ces notes, comme l’ensemble de nos travaux, sont à visée académique, fruit d’un travail de recherche fondamentale indépendant des autorités compétentes en matière de santé. En matière de santé publique et pour toute question, nous recommandons de consulter et suivre les instructions officielles disponibles sur https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus.

Les effets sexe spécifiques de COVID-19

Plusieurs interventions dans les médias français et étrangers ont remarqué le fait que l’épidémie de COVID-19 touchait plus durement les hommes que les femmes. La publication récente de l’analyse du jeu de données le plus complet sur l’épidémie en France vient étayer ces observations (Salje et al. 2020). À travers tous les âges les hommes risquent plus d’être hospitalisés, d’entrer en service de réanimation et de décéder que les femmes ; sur les 16.386 morts survenues dans les hôpitaux jusqu’au 7 mai 2020, 60,3 % correspondent à des hommes, ce qui implique qu’à cette date le nombre différentiel de morts entre hommes et femmes est d’environ 3.775.

Les hypothèses mises en avant pour expliquer ces différences sont souvent d’ordre comportemental. Rien actuellement ne permet d’infirmer ou de confirmer ces hypothèses, ni d’ailleurs d’en évaluer la plausibilité.

Ici nous avons voulu évaluer, avec les données dont nous disposons, si ce biais de morbidité lié au sexe pourrait être expliqué par des comorbidités : des affections autres que le COVID-19, dont la distribution entre les sexes dans la population générale pourrait, ou pas, expliquer la morbidité différentielle. Par exemple, peut-être que les cas sévères de COVID-19 sont liés à des problèmes d’hypertension et que ceux-ci sont plus fréquents chez les hommes. Dans une première partie nous présentons une analyse sur les comorbidités majeures déjà surveillées. Dans une seconde partie nous proposons l’hypothèse qu’une autre comorbidité, à notre connaissance ne faisant pas partie des comorbidités surveillées en France, le déficit en Glucose-6-Phosphate-Déshydrogénase (G6PDd ou favisme), une affection liée au sexe, pourrait potentiellement expliquer au moins une partie du différentiel de morbidité entre les sexes.

Les comorbidités déjà surveillées pourraient-elles expliquer la morbidité différentielle de COVID-19 selon les sexes ?

Santé Publique France communique chaque semaine un point épidémiologique faisant état de la situation épidémique en France. Entre autres, cette publication rapporte le nombre d’admissions et décès en réanimation, le nombre d’hommes, la distribution en catégories d’âges, et le nombre de cas par comorbidité (Tableau 3b de chaque édition de ce rapport). Nous reproduisons ci-dessous cette partie de ce tableau page 14 du point publié le 7 mai, qui nous servira de référence.